Norrieux, touriste inter-vidéo ludique
Chapitre 1 : Chute vertigineuse vers un tas d'ennuis en bloc
Monsieur X,
Vous m'avez demandé, l'autre jour, de quel manière étais-je devenu voyageur inter dimensionnel (si l'on peut appeler cela comme ça). En soi, ce n'est pas une si longue histoire, mais je pense qu'il va m'être nécessaire d'écrire beaucoup pour vous résumer comment j'en suis arrivé là.
Je ne vais pas m'étaler sur mon ancienne vie. Je naquis à Montréal sous le nom d'Edmond Norrieux, quitta le Canada pour une affaire sentimental à 27 ans et vint m'installer en France, à Caen, où je devins journaliste dans un hebdomadaire local. Rien de bien palpitant. Juste avant de quitter cette planète, j'avais 33 ans, était toujours célibataire, mais surtout j'étais en parfaite sérénité . J'allais bien, et peut-être existe-t-il aujourd'hui un mince espoir pour que je retrouve cet état regretté. Mais ne nous égarons pas. Avant que je ne démarre mon récit, peut-être devrais-je préciser mes anciennes relations avec les jeux vidéo. J'ai l'impression que mon destin est étroitement lié à ce domaine. Pourtant, avant ce jour fatidique où je croulai sous des dizaines de mésaventures, j'étais totalement indifférent aux jeux. En vérité, je n'ai jamais touché à une seule manette de ma vie. Peut-être, étant jeune, ai-je pu m'amuser avec une Game Boy, mais ça remonte à tellement loin que je n'en ai qu'un souvenir très flou… Quoi qu'il en soit, les jeux n'étaient, à mes yeux, rien de plus qu'un divertissement, ou peut-être un art. Non, en fait, pour être plus précis, voilà ce qu'était (et sont toujours, d'ailleurs, je suppose) les jeux pour moi : quelque chose qui m'est entièrement inconnu , et qui ne m'intéresse pas. Aucun mépris, aucun intérêt, ce n'était pour moi ni quelque chose de mauvais, ni quelque chose de particulièrement bon. Pour être franc, je m'en foutais ! Le destin fit que je n'aurais plus à m'en moquer désormais…
Toute cette histoire commença le 15 septembre dernier, alors que je rentrais du travail. Je passais devant le château de Caen, quand un type vint à m'agresser sans raisons. Tout ceci c'était passé si vite, je ne me souvient plus de son allure. Il était juste plus costaud que moi. Il y avait tout de même un détail que j'ai noté : ses yeux. Des yeux de fous, tout simplement. Je n'ai rien contre eux, bien entendu, mais celui-ci, ce n'était pas un simple benêt, c'était un… Fou à lier, l'expression tombe sous le sens. Je me demande, puisque c'est ce fou qui m'a conduit jusqu'ici, si ce type existe vraiment. Il avait l'air tellement irréel, et Dieu sait comme j'en ai vu, dernièrement, des choses irréelles ! Bref, le fou me plaqua contre un mur, et sortit un couteau de sa poche. Je m'exclamai dans une lâcheté sans pareille :
-Eh, si c'est de l'argent que vous voulez, pas de problème ! Ma carte bleue est sur moi, je peux vous la donner sans problème ! Evitons de nous fâcher, hein ?...
-Pas de l'argent que je veux, articula l'inconnu.
-Ah ? De quoi avez-vous besoin alors ?
L'homme eut un sourire glacial.
-Tuer, c'est tout, répondit t'il. Je suis tombé au plus bas, je ne peux plus creuser, alors plutôt qu'attendre qu'on m'enferme, autant m'amuser un peu ! C'est l'instinct qui veut ça, non ?
-Ben…
-Et puis, c'est pas comme si j'étais le seul. En Angleterre, paraît que tous les jeunes utilisent leur couteau à un moment ou à un autre… D'ailleurs, c'est courant, aux USA, de se suicider après avoir fait un carnage !
-C'est que… Ca ne m'arrange pas trop, vous voyez. (Je me rend compte que, dans la panique, j'ai prononcé bien des absurdités)
-T'en fais pas… Moi, je me contenterai d'une seule victime ! Et je prétendrai que c'était pour faire « comme dans GTA 5 sur PS2 » !
Sur ce, il me planta son couteau en plein ventre. Inutile de vous mentionner la douleur, la peur de mourir, la voix étouffée, etc… Le type garda son arme longtemps enfoncé, contemplant le sang coulant délicatement sur la lame, puis la retira, toujours en étant fasciné par mon sang. Encore heureux qu'il n'y ait pas eu de neige, il serait resté encore plus longtemps ! Au bout d'un moment, il fila, me laissant mourant dans la rue vide. Ma dernière vision fut cette statue familière de Caen : un grand triangle, composé lui-même de trois petits triangles…
Vous noterez peut-être que GTA 5 sur PS2 n'existerait pas… Du moins, c'est ce que j'ai cru entendre, en interrogeant quelques individus. Serait-ce l'élément déclencheur ? A moins que ce ne soit la statue ? Il y a tellement de coïncidences. Cet évènement reste incompréhensible pour moi ! J'espère que vous y verrez plus clair. Quoi qu'il en soit, je perdis conscience, et atterrit dans une sorte de rêve… Oui, je suis arrivé dans cette plaine étrange comme on entre dans un songe : sans vraiment savoir comment on est tombé là, on sait juste qu'on y est, depuis un temps indéterminé. Seulement, à la différence d'un rêve, je me souvenais parfaitement des évènements qui venaient de m'arriver ! Je ne ressentais plus aucune douleur (je peux même affirmer que j'étais en pleine forme), mais je savais que je venais de recevoir un couteau en plein abdomen, et je me posai alors cette question : « Suis-je mort, ou n'est-ce qu'une illusion ? ». J'osai espérer que la blessure n'était pas mortelle, et que quelqu'un allait bien finir par arriver et m'emmener à l'hôpital le plus proche ! Plus je réfléchissais, et plus il me semblait certains que je parlerai plus tard en riant de cette rencontre à tous mes amis. Et plus j'en étais persuadé, plus j'avançais. Depuis le début de ma réflexion, j'avançais sans m'en rendre compte, comme attiré par quelque chose au bout du chemin sur lequel je marchai, un instinct étrange me commandait à mon insu ! Cet instinct ne faisait que commencer à me hanter d'ailleurs… Mais je fus bien obligé de m'apercevoir de ma marche quand j'arrivai au bord d'une crevasse. C'est là que je m'arrêtai, et contemplai le paysage autour de moi. Une plaine verte, plate, avec des nuages caricaturaux (comme dessinés par un enfant), et des petites montagnes au loin. Aucune végétation… Un décor plutôt étonnant ! D'autant plus étonnant que je m'aperçus alors qu'il y avait des briques sur mon chemin. Des briques formant des cubes, alignés les uns aux autres de manière archaïque. Mais le plus bluffant, c'est que ces cubes de briques volaient ! Elles flottaient dans le vide, comme sil elles faisaient parties du décor… Pensant être dans un rêve, je sourit devant cette vision plutôt originale, puis décida de contourner la crevasse, quant je m'aperçus que cela m'était totalement impossible ! Je ne pouvais avancer qu'en long et en large, une sorte de mur invisible me bloquait le passage si je voulais partir sur les côtés… Quoi que, ce n'était pas exactement ça… En fait, ce monde n'était qu'en deux dimensions ! Il n'y avait pas de côté, ça n'existait tout simplement pas ! Contourner cette crevasse était simplement… Une impossibilité mathématique ! L'instinct mystérieux me dit alors « Saute ! Saute ! ». Sauter serait efficace, certes, mais pour cela il aurait fallu que je puisse faire des bonds de géants. Mon envie persistait tout de même : quelque chose en moi me disait qu'il fallait que je saute ! J'ai alors sauté, effectuant un vol prodigieux ! Même Armstrong, sur la lune, ne pouvait sauter aussi haut (je parle bien sûr de la lune de la Terre d'où je viens). J'ai été pris de vertige, mais finalement la chute se passa sans dégâts. Le saut fut cependant d'un réalisme époustouflant ! J'ai senti l'air fouetter mon corps, ainsi que mes pieds retoucher le sol. Trop vrai pour être un simple rêve ! A moins, bien sûr, que je ne me trouve dans un rêve lucide (rêve où l'on a conscience de rêver, ce qui était vraisemblablement le cas). Nonobtsant, je continue d'avancer en sautant, trouvant cela plutôt amusant. Je galopa sur les briques en lévitation, et constata qu'elles supportaient mon poids. Cette ivresse dura jusqu'à ce que ma tête cogne contre une de ces briques, qui se cassa net. Le choc fut bien trop douloureux, le doute revint. « Est-ce vraiment un rêve ? ». Doutant, je fit ce test : me boucher le nez. Si je peux respirer le nez bouché, alors il s'agit bien d'un rêve, dans le cas contraire… Malheureusement, c'est ce cas-ci qui arriva. Je refit plusieurs fois le test, tenta de me pincer, ou de démontrer par A+B que ceci n'était pas la réalité, mais je dut me rendre à l'évidence : j'étais bel et bien dans cette plaine irréaliste ! Je vis ce décor sous un autre jour : où était-je, pourquoi n'y a-t-il pas un seul arbre, pourquoi est-ce si plat, comment ces briques volaient-elles… ? Et par-dessus tout : étais-je mort ??? Désespéré, je criai, j'appelai, au cas où quelqu'un pourrait venir à mon secours. Mais je n'eut comme réponse que l'écho de ma voix, ainsi que… C'est seulement maintenant que je me rendus compte qu'une petite musique régnait sur ce monde, sortant de nulle part. Une musique très sommaire, entièrement synthétique, ne comprenant que 3 instruments maximum. Je réfléchis, stresser ne m'avait jamais mené nulle part, alors j'ai décidé de rester stoïque. Cela était beaucoup trop extravagant pour que ce soit la mort. Un chemin avec des briques ? Allons donc ! Il devait y avoir quelque chose derrière tout ça, ou du moins, au bout de tout ça. Je décidai alors de poursuivre mon chemin. C'est alors qu'un être bizarre me croisa : une sorte de gros champignon marron court sur patte, avec un regard mauvais et des petites dents (car il avait, sur son chapeau, des yeux et une bouche, incroyable non ?). Ce champignon devait bien faire ma taille. Et il avançait vers moi, lentement. Je chercha d'abord à communiquer, mais le champignon resta muet (peut-être parce qu'il n'avait pas d'oreilles). J'ai donc décidé de continuer mon chemin, cet individu ne m'apportant apparemment aucune réponse à mes questions (réponses se trouvant, j'espérais bien, au bout de ce chemin). Il me fallait alors le contourner… Seulement, c'est parfaitement impossible, comme vous le savez. Je sautai donc par-dessus lui. Mais je ratai mon saut, n'ayant pas remarqué une brique se trouvant au dessus de moi… Ce n'étais d'ailleurs pas un cube comme les autres : il était compacte, jaune, orné d'un point d'interrogation et semblait plus solide. Et en effet, il ne se cassa pas lorsque je le heurta, et me fit beaucoup plus mal que l'autre bloc ! Mais chose plus curieuse encore (encore plus curieuse que le point d'interrogation qui disparut), il sortit de cette boîte un champignon. Champignon très vénéneux d'ailleurs : amanite tue mouche ! Celui-ci semblait plus gros et plus rond, mais ça restait ces dangereux champignons blancs à pois rouges ! Mais quand bien même je savais que ce champignon était tout à fait indigeste, l'instinct voulait à tout prix que je le prenne ! Cette force était tellement grande que je ne pus résister… De toute manière, le champignon glissait vers moi (vous ai-je dis que les champignons n'ayant pas de pieds n'avaient rien du tout, pas même un petit morceau de mycélium)… Je dirigeai alors ma main vers ce champignon, mais il disparut dès que je le touchai ! En fait, il s'était comme intégré en moi ! J'ai senti son « essence » traverser mon corps de part en part (oui, tout cela est très abstrait, j'en suis navré). Ce champignon eut alors pour effet… De doubler ma taille ! Je devint deux fois plus grand, contemplant ce monde tel un géant ! Après cette transformation d'ailleurs, je m'habituai à cet état et considérai que j'étais à une taille normale, et que c'était avant de gober cette amanite que j'avais une taille de lilliputien ! Sonné par ce brusque changement, je ne remarquai pas le petit champignon marron qui finit par me heurter. La douleur envahit ma jambe, puis tout mon corps. C'était comme s'il m'avait planté un autre couteau ! Cette impression très désagréable de mourir une autre fois me fit revenir à ma taille précédente, qui, elle, resta ridicule à mes yeux… De rage, je me jetai sur ce champignon ! Esprit de vengeance. Je ne suis pas sûr de bien savoir si c'est moi ou l'instinct étrange qui voulait dégommer ce champignon. Probablement que nous sommes momentanément tombés d'accord. Car au lieu de donner des coups au champignon, j'ai décidé de… Lui sauter dessus ! Aussi idiote que peut paraître cette idée, elle marcha : le champignon s'aplatit, puis disparut. L'aurait-je tué ? Je me sentais légèrement coupable. D'un autre côté, ce monde était tellement étrange que j'avais du mal à y croire ! Des champignons qui font grandir, d'autre qui font rétrécir… Me voilà Alice au Pays des Merveilles ! J'ai continué d'avancer. En chemin, je croisai une tortue géante qui, une fois que le lui eut sauté dessus, se recroquevilla dans sa carapace. « Etrange moyen de défense », songeai-je alors que je voulus toucher la carapace. Mais à peine celle-ci fut-elle effleurée qu'elle glissa loin devant moi, rebondit contre une brique posée au sol, et fonça sur moi ! Surpris, je n'ai pas eu le temps de l'esquiver… Elle me heurta de plein fouet, et me tua net. Oui, je dis bien tué…. Tout mon corps me l'a dit en ce moment même : « Tu es mort ! Tu es mort ! ». Et que fut ma surprise quand je découvrit qu'après cette (deuxième ?) mort, je réapparus exactement au même endroit que celui où j'avais atterri après avoir reçu mon coup de couteau !
Aussi étrange que désespérant ! Nonobstant, je repris mon chemin. Et il en alla ainsi, rencontrant monstres farfelus (champignons, tortues, nuages, champignon volants, tortues volantes, etc…), enjambant plusieurs précipices, sautant de blocs en blocs, et repartant du début chaque fois que je heurtait quelque chose lorsque j'était de petite taille, ou lorsque je tombait, jusqu'à ce que j'atteigne un château devant lequel se tenait un étrange drapeau. Sitôt que je passai le drapeau (seul objet que je pouvais croiser), celui-ci changeait de couleur : de noir, il passait à rouge, et la tête de mort était remplacée par… Un champignon ! J'entrai dans le château, espérant trouver un élément de réponse. Mais je me trouvai, au contraire, dans un endroit si vaste et si rempli que j'en ai eu la nausée ! Il s'agissait toujours d'une plaine (dans un château !?), mais cette fois-ci remplie de végétation et composées de centaines de détails ! Ahurissant. J'avais un champ de vision incroyable ! Maintenant que j'y réfléchis, c'était vraiment de toute beauté. Mais sur le moment, je n'avais pas le cœur à ça… Une ligne était tracée devant moi, m'indiquant un point où aller… Je la suis, et une fois arrivé au point, je décide d'entrer dans la zone qu'il indique (comme s'il s'agissait d'une carte, c'est très difficile à expliquer en réalité). Et c'e fut reparti pour une autre série d'embûches, de monstres, et de morts ramenant au début du parcours ! Mais je réussi à traverser ces épreuves, et me retrouvai de nouveau sur la carte. Et cela continua pendant au moins six bonnes heures ! J'avançais, sans trop savoir pourquoi, je sautais, écrasais, évitais, décédais, sous différentes musiques, différents paysages, mais toujours aussi épuisants à passer ! Même pas d'ailleurs : cela s'avérait de plus en plus dur ! Et avec cela, il y avait toujours cette histoire de poignard, que je ne comprenais pas… Etait-je mort dans le monde réel ? Peut-être seulement dans le coma ? Ou mon corps était-il lui aussi parti avec moi dans ce monde sans queue ni tête ?! Mystère… Mais j'avançais, essayant de ne pas trop penser à mon confort… Le plus épouvantable des cauchemars qui soit, une sorte d'éternel retour, avancer, mourir, reprendre le chemin, encore mourir… A la fin de mon périple, mon corps n'était que blessures, mes vêtements étaient déchirés, et je me retrouvais face à une grosse tortue avec une tête de dragon (et des cornes sur sa carapace, je crois… A vérifier). Celle-ci se mit sans raison à me cracher des boules de feu ! Voilà qui devenait vraiment compliqué… J'avais moi-même trouvé un objet permettant d'en faire de même (une fleur, ne cherchez pas de logique là dedans), mais je n'en avais pas sur moi. Je fus donc carbonisé. J'essayai un bon moment d'avoir ce monstre en lui sautant dessus, mais j'ai dû mourir une bonne dizaine de fois comme ça. Finalement, puisqu'il sautait, j'ai décidé de passer derrière lui alors qu'il était en l'air. Après quelques essais, j'y parvins, et trouvai un interrupteur bizarre. Par un réflexe étrange, je l'actionnai, ce qui fit disparaître le sol sous l'espèce de monstre-tortue. Celui-ci alla choir dans un bain de lave en fusion situé juste en dessous du plancher que je venais d'ôter. Une tortue de moins en ce monde…
Juste après cet ultime obstacle se trouvait une pièce où m'attendait… Un champignon ! Seulement celui-ci faisait à peu près ma taille, avait deux jambes, deux bras, et toute l'anatomie d'un corps humain ! En fait, c'était une sorte de nain avec un chapeau d'amanite… Comme il avait l'air sympathique, je m'approchai pour lui demander où étais-je, mais celui-ci ne me laissa pas le temps de prononcer quoi que ce soit et me lança :
-Thank you Mario, but our Princess is in another castle !
Ici, je dois avouer que j'ai un anglais terriblement mauvais. Vous me direz, pour quelqu'un d'origine québécoise, c'est assez singulier. Rien à faire : j'ai toujours été un cancre en cette maudite langue, et ma vie en France m'a ôté les dernières bases d'anglais que je possédais ! Pour ce qui est de notre histoire, cette phrase était, certes, simple (tellement simple que j'arrive à la noter sans faute, un exploit). Mais sur le moment, je n'avais pas du tout la tête à comprendre l'anglais le plus basique !
-Euh… Quoi !?
Le champignon soupira, puis répéta :
-Merci Mario, mais notre Princesse est dans un autre château !
Ce doit être à ce moment là que j'ai décidé de péter un câble…
Ignorant cette fois la force me conseillant d'aller voir dans cet « autre château », je saisi le champignon par le col et lui hurla :
-D'une part, je ne m'appelle pas « Mario », mais Edmond ! Edmond Norrieux ! Et d'autre part, je n'en ai rien à foutre que votre Princesse soit dans un autre château, et pour finir, je ne comprend même pas pourquoi vous me dîtes « Merci », ni même pourquoi je suis là à vous causer, et j'aimerais qu'on m'explique un peu ce qu'il se passe !
-Eh ! frémit le champignon. J'y peux rien moi ! Peut-être, euh, que si vous allez chercher la Princesse Peach, euh, je veux dire, Toadstool, euh…
-Bon, si tu veux, je peux te sauter dessus comme je l'ai fait avec un tas d'autre champignon !
-Me quoi !? Ecoutez, on ne va pas se fâcher, je…
-Coupez ! fit alors une voix sortant de nulle part.
En une seconde, le décor changea complètement ! Non, ce n'est pas la formule exacte… Il ne changea pas vraiment… Seulement, le décor 2D dans lequel je me trouvai se changea subitement en un… Plateau de tournage ! Je réalisai que l'univers dans lequel je crapahutais n'était qu'un décor, et que devant moi se tenait des dizaines de caméras étranges, ainsi que des personnes surveillant tous mes faits et gestes.
Le champignon se dégagea, et me lança :
-Ca ne va pas non !? Tu ne lis donc jamais le script ? C'est les Goombas que tu dois attaquer, pas les Toads !
-Hein ?
L'homme qui avait vraisemblablement dis « Coupez » s'approcha alors, furibond. Sur la casquette rouge qu'il portait, je pouvais lire le mot « Metteur en scène ». Il portait également un pendentif représentant un triangle composé de trois autres petits triangles. Le même que j'ai aperçut à Caen, oui ! Je me demande si ce signe n'a pas joué. Il faudrait un jour que je vois ce que signifient ces triangles.
-Tu es complètement malade ou quoi !? me cria le metteur en scène. En plein tournage, tu décides de faire ton guignol ! Tu sais que je peux te virer, hein ! Tu sais que je pourrais faire pire, hein ! T'as vraiment été nul !... Hein ! Bon, celle-là, Mario, tu vas me la refaire du début, sans chichis ! Enfin, c'est pourtant pas compliqué : sauter, avancer, libérer la Princesse ! Trop ambigu pour rentrer dans ta cervelle ? Et pourquoi t'es tu abstenus de prendre la moindre Etoiles !? Tu voyais bien que ces Etoiles, il fallait les prendre ! Tu as mis une heure pour arriver vers Bowser ! Forcément, si tu ne prends pas d'Etoiles… Maintenant, tu repars du niveau 1-1 et tu me prends toutes ces Etoiles !
Malgré mon incompréhension totale, je ne me démonta pas (je ne deviens pas fou pour redevenir raisonnable juste après).
-Ecoutez monsieur… Je vous répète que je suis Edmond Norrieux, que je suis arrivé là après avoir reçu un coup de couteau alors que je rentrais du boulot, que je sui extenué et surtout que je ne comprend pas un traître mot de ce que vous baragouinez ! J'exige explications, sortie de secours, et café !
Ce fut dit.
Le type ne parut pas se dégonfler. Il me dit calmement :
-Ok, d'une part, je t'appelle comme bon me semble. Ton rôle, c'est Mario, alors je t'appelle Mario. Si je devais retenir le nom de tous mes acteurs, je n'aurais plus le temps de m'occuper du jeu ! Enfin, ta vie privée ne m'importe guère. Tu joues, sans poser de questions ! Il ne faut jamais mélanger ses sentiments à son boulot, je pense que tu le sais bien…
-Expliquez moi au moins, fis-je presque larmoyant. Je viens tout juste d'arriver, et vous me dîtes de bosser ! Que se passe t'il, bon Dieu ? Où sommes-nous ? Quel est le but de tout ça !? Et pourquoi moi !? Ah, et aussi, vous tutoyez souvent les parfaits inconnus ?
-Comment ça tu viens juste d'arriver ?
-Comme je vous le dit : je me suis fait agressé à Caen, et je me suis retrouvé là, ni plus ni moins !
-Caen ?... Mmm… Est-ce que le type a fait allusion à quelque chose ayant plus ou moins un rapport avec les jeux ?...
-Euh… Il a parlé de GTA 5 et de PS2, je crois. Il y avait aussi ce triangle, que vous portez autour du cou. La même statue se trouvait en face de moi… D'ailleurs j'aimerais savoir ce que…
-D'accord ! Ca arrive, parfois… Ne vous inquiétez pas, tout va bien : vous êtes simplement tombé dans un univers fictif !
-… Ecoutez, j'aimerais que l'on parle sérieusement…
-Je ne sais pas trop comment ça se passe, ce genre de chose. Il faudrait voir avec un expert ! Mais en gros, il y a eut plusieurs évènements qui ont concordé avec le votre, plusieurs coïncidence, plusieurs irréalités qui ont fait que vous êtes tombé ici ! C'est peut-être une chance pour vous…
-Hem, bon, je suis donc tombé dans une autre dimension ! Bon, après tout, je me doutais que tout cela touchait le domaine du paranormal (ces briques volantes m'ont paru étrange). Mais dîtes moi alors où nous sommes, ce que l'on fait, et s'il y a une sortie ! Et… Vous avez aussi parlé de jeu vidéo ?
-Pour ce qui est de la sortie, c'est pas sûr ! Mais si vous arrivez à reproduire d'autres coïncidences, d'autres hasards, d'autres détails liés les uns aux autres sans n'avoir aucun rapports entre eux, qui sait, vous pourriez peut-être partir d'ici… Mais allez savoir où vous tomberiez !
-Ca ne m'explique pas où je suis !
-Ben, en fait… On ne peut pas vraiment dire que vous vous trouvez dans un endroit très réel… Ni complètement irréel… C'est assez compliqué ! Bon, je vais essayer de faire simple ! Vous vous trouvez dans un monde, disons, sans nom particulier, dans lequel se trouve (ça, c'est une certitude) le plus grand plateau vidéo ludique jamais créé ! Enfin, ça dépend, je ne m'y connais pas trop en dimension… En attendant, vous êtes dans ce plateau, sur le tournage du jeu « Super Mario Bros », dont vous êtes le Héros ! Chouette, hein ?
-Super Mario Bros ?... Ca me dit vaguement quelque chose, mais…
-Jeu sorti en 1985, de Nintendo, plus exactement de Shigeru Miyamoto ! Avec des musiques de Ko…
-1985 !? Mais je viens de 2008 moi !
-Bah, ici, le temps, ça ne veut pas dire grand-chose… C'est pas comme si un jeu vidéo était pareil à un film ! Un film, on peut le regarder des centaines de fois, rien ne changera jamais (le bateau coule toujours à la fin de Titanic, les experts l'ont vérifié). En revanche, dans un jeu, deux parties ne seront jamais identiques ! Et si je sautais ici plutôt que là ? Et si je décidais de frapper trois fois au lieu de quatre ? Et si je perds une vie ainsi ? Et si je faisais demi-tour ? Et si j'éteignais la console à cet instant précis ? Bref, le nombre de possibilités est infini ! C'est pourquoi, il faut toutes les tourner ! A l'avance, ou des centaines d'années après la sortie du jeu…
-Mais… Si les possibilités sont infinies, il y aura une infinité de tournage !
-Et alors ? Estime toi heureux que ce ne soit pas le double !
-Tout cela n'a aucun sens !
-Et après ? Ici, on n'est jamais trop sûr de ce qui est réel ou pas, alors pour ce qui est du sens…
-Je suis dans un jeu vidéo ! C'est dingue !
-Non, pas dans un jeu vidéo, justement ! Tout le monde sait que ça n'existe pas… Tu es simplement sur leur lieu de tournage. C'est ici où on l'on joue tous les Mario, tous les StarFox, tous les Phoenix Wright, tous les jours ! Ici, dans les somptueux plateaux de Nint-City !
-Nint-City ?
-Bien évidemment. Tu ne crois quand même pas qu'on allait construire un plateau au milieu de nul part ! Ai-je répondu à toutes tes questions ?
-Ben… Je crois, oui…
C'était faux, mais les questions qu'il me restait en tête était probablement sans réponse, ou l'aurait offusqué…
-Dans ce cas, reprit-il, au boulot ! Tu vas me retourner tout ce monde là !
-Un instant ? Depuis quand je bosse pour vous ? Ce n'est quand même pas parce que j'ai atterri ici que je suis à votre botte !
-C'est vrai. Si tu bosses ici, c'est parce que tu as signé un contrat ! Si tu veux le voir, le voilà !
Il me montra un texte sur lequel je pouvais clairement lire à la fin de celui-ci
« Je soussigné Edmond Norrieux , ai bien lu le présent document et accepte de travailler pour les studios Nint en tant que Mario Mario à partir du X/XX/XXXX jusqu'à Jamais . »
Je fus stupéfait ! C'était bien mon écriture, et en dessous se trouvait ma signature !
-Quand ai-je signé ça !? m'exclamai-je.
-Tu vois pas la date ?
-Ca ne veut rien dire !
-Exactement ! C'est comme ça que se déroule le temps ici ! Tu as signé ce document, peut-être en un temps très éloigné, peut-être dans une autre vie, peut-être demain, mais tu l'as signé ! Et de toute manière, tu n'as pas d'autre choix, tu sais probablement pourquoi !
-… Non.
-Enfin, voyons ! Tu vois bien que tu es un personnage vidéo ludique ! tu vois bien qu'en réalité tu es… Fictif !
-Moi ? Voyons, j'ai une vie, une famille, j'habite en France… Je ne peux pas être quelqu'un de fictif ! Ou alors, pas dans la dimension où je suis né…
-Peut-être bien, mais ici, c'est tout ce que tu es : un personnage de jeux vidéo, de la tête au pied ! Ton existence se résume à ça ! Tu as été conçu pour le jeu, rien de plus, et ce depuis toujours ! Tu es… Un pantin ! Tu l'as bien vu : pendant le tournage, tu as avancé, sauté sur les ennemis, uniquement parce que ces gestes sont inscrits en toi, non pas parce que tu l'as choisi !
Je réfléchis au sens de ces paroles… Ici, je n'existerais pas ?... Mais alors, si je ne suis pas réel dans ce monde, et que je ne suis plus dans le mien, qui étais-je !? Cette idée me déstabilisa. Heureusement, le metteur en scène le vit.
-Bon, comme tu n'as pas l'air dans ton assiette, on va dire que la journée est finie pour toi ! Mais demain, je veux te voir en pleine forme, dès 8 heures !
-Je croyais que le temps n'existait pas ici ?
-Si seulement c'était aussi simple ! Allez, file te reposer !
Sans chercher à répliquer, je pris congé. Une fois sorti des studios, je découvrais Nint-City. Que ne fus ma stupéfaction, j'avais en face de moi, contre toute vraisemblance, une ville parfaitement normale ! Une ville similaire à toutes celles que j'ai pu croiser sur la Terre, une ville sans trucs abracadabrantesques, une ville simple ! Bon, en me baladant, je croisai quelques habitants étranges (des monstres, des petits êtres bizarres, sûrement des personnages de jeu-vidéo, comme moi), mais la cité était surtout peuplée d'humains qui n'avaient rien de paranormal autant par leur aspect que par leur comportement… C'était une grande ville, sûrement de la taille de New-York (vous me direz que New-York n'est pas ce que l'on peut appeler une ville « simple », je vous répond que comparé à des plaines où flottent des briques et où l'on trouve des passages secrets dans des tuyaux, c'est tout ce qu'il y a de plus anodin), avec des buildings à toutes les rues, des immenses édifices, mais également des statues, des cimetières, des musées, tout un tas d'élément qui prouvaient que cette ville avait belle et bien eue une histoire ! Nint-City possédait des facteurs, des banques, des salons de thé, de coiffure, des discothèques, des cinémas, des parcs… Les studios Nint dont je sortais n'étaient qu'un petit élément de la ville ! Contrairement à ce que j'aurais pu croire, le jeu vidéo n'était pas le centre de ce monde. Comme le disais mon metteur en scène, je ne suis pas tombé dans un jeu-vidéo, juste dans un studio où il s‘avère que c'est ce que l'on tourne ! D'ailleurs, je crois que je dois être assez atteint pour employer le mot « juste »… Bref, je nageais complètement perdu dans cette ville, où je n'avais même pas le mérite d'être réel ! Mais bizarrement, un instinct me guida… Pas l'instinct de tout à l'heure, qui doit sûrement avoir un rapport avec le jeu… Là, c'était une sorte de déjà-vu. Comme si j'avais l'habitude d'employer un chemin une fois sorti des studios… Comme je n'avais rien de mieux à faire, je décidai de suivre cet instinct. Celui-ci me conduisit à un quartier résidentiel où s'alignait des quantités d'immeubles tous identiques et dans un état assez déplorable, contrairement au reste de la ville. J'entrai dans l'un, et me laissa guidé jusqu'au quatrième étage, ou je me planta devant une porte. Je ne savais pas qui habitais ici, mais ma conscience voulait apparemment que j'y aille ! Je frappai. Personne... Un type m'interpella alors.
-Eh bien, Mario ! ria t'il. Depuis quand frappez vous à votre propre domicile ?
-Mon…
C'était un humain, mais il avait quelque chose de bizarre dans son allure. Quelque chose que je ne saurais définir.
-Vous n'avez pas vos clés sur vous, peut-être ? railla t'il.
Je fouilla mes poches et… Surprise ! Je découvris qu'elles étaient parfaitement vides… Rien de surnaturel, donc.
-Hem, improvisai-je, j'ai dû les oublier aux studio…
-Bah, soupira l'inconnu, je vais vous ouvrir !
Il sortit alors une clé de son portefeuille et l'inséra dans la serrure. Bizarrement, il n'eut pas à la tourner. Une petite lampe rouge clignota sur la serrure, qui se déverrouilla la seconde qui suivit. Probablement un système électronique, ou magnétique, ou je ne sais quoi ! La clé m'avait bien paru bizarre…
-La prochaine fois, me recommanda t'il, faites attention !
Puis après un clin d'œil, il se dirigea vers un autre appartement du même étage, et ouvrit sa porte grâce à la même clé ! Ce voisin aurait la même clé que mon appartement ? Peut-être qu'il n'y a qu'une seule clé par étage ! Peut-être même une seule clé par immeuble ! Voire une même clé pour tout le quartier. Ou toute la vile… C'est tout à fait incompréhensible.
Sur ces élucubrations, je rentrai « chez moi ». Un petit appartement très modeste, mais assez confortable. Un lit m'attendais, apparemment relativement confortable. Je m'y avachis, épuisé. Le sommeil vint sans problèmes, après toutes ces péripéties…
Mais hélas, je constate que le papier vient à me manquer. Comme le temps… Il me reste tant à vous narrer ! Dans une prochaine lettre, je terminerais mon récit. En attendant, j'espère que vous pourrez peut-être répondre à quelques unes de mes questions (à savoir celles qui sont venues à mon esprit au cours de m'on aventure et qui n'ont pas trouvé de réponse concluante). Vous êtes peut-être mon dernier espoir, si j'en crois vos paroles…
Avec mes sentiments respectueux,
Edmond Norrieux.
FanBoo
Norrieux, touriste inter-vidéo ludique
Fin du chapitre 1